vendredi 26 décembre 2008

Investir dans les compagnies européennes via les ADR

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Comme investisseur, en général, j'ai davantage confiance dans les compagnies européennes que dans les compagnies américaines. Depuis une décennie, en effet, on constate un manque de respect grandissant à l'endroit de l'investisseur aux États-Unis, investisseur qui constitue pourtant la pierre d'assise du système boursier et financier.

Du fléau de la distribution éhontée de "stocks options" aux dirigeants et aux employés des compagnies technos, en passant par les scandaleuses rémunérations des p.d.g. et leurs "parachutes dorés", à la prolifération de conseils d'administration de lavettes qui se font complices des exactions des dirigeants, sans oublier les innombrables cas de fraudes boursières (ex. WorldCom, Tyco, Enron, HealthSouth Corp...) et la désastreuse bulle des subprimes dissimulée dans les PCAA, on observe une dégradation constante dans les valeurs et les moeurs du système financier et boursier américain.

Donc, lorsque je recherche des compagnies de niveau international, mon premier réflexe est de regarder les titres européens accessibles à la bourse de New York, par l'intermédiaire des ADR (American Depositary Receipts). Du côté des pays de la francophonie (France, Suisse et Belgique), on compte quatorze entreprises sur lesquelles l'investisseur canadien peut arrêter son choix.

Premier constat: la plupart de ces entreprises sont de grande taille et ont une portée mondiale (ex. Axa, Total, Credit Suisse, Novartis...). Cette diversification géographique les protège, jusqu'à une certain point, de récessions régionales.

Deuxième constat: de ces quatorze entreprises, aucune n'a pu résister à la déprime qui a frappé les marchés boursiers, elles ont toutes vu leur titre perdre une partie importante de sa valeur au cours des derniers mois. Ces entreprises ont vu leurs actions chuter, en moyenne, de 53% depuis leur sommet des douze derniers mois. La pire performance étant celle du fabricant d'équipements audiovisuels Thomson qui a perdu 90% de sa valeur. La pharmaceutique suisse Novartis, est celle qui s'en est tirée le mieux, ne cédant que 22% par rapport à son sommet de la présente année.

Troisième constat: si l'on se fie aux prévisions des analystes pour la prochaine année (ce qui est tout de même un gros "si"), 13 de ces 14 titres sont relativement bon marché, avec des ratios prix/bénéfices prévus pour la prochaine année de x 12 et moins.

Il y a certains risques pour l'investisseur canadien, associés à l'achat d'actions européennes via les ADR:
  • Selon moi, le dollar américain est présentement surévalué. Il faut payer actuellement près de $1.25 pour acquérir des USD et faire des achats sur le NYSE, si le dollar américain redescend éventuellement vers les $1.10 ou moins, cela signifie une perte de valeur au moment de la revente pour l'investisseur canadien.
  • J'ai constaté, par expérience, que plusieurs compagnies européennes se sont retirées des bourses américaines depuis quelques années (ex. Rhodia, Scor, Air France...). Ces actions peuvent alors se transiger "over the counter - OTC" par votre courtier, mais cela réduit le volume de transactions quotidiennes sur ces titres. Certains courtiers demandent des frais de transaction plus élevés sur un titre OTC.

À part ces deux réserves, je vois parmi ces 14 titres, plusieurs compagnies intéressantes qui méritent qu'on les analyse de plus près et qui pourraient offrir à leur prix actuel, un bon rendement à l'investisseur au cours des prochains années. Ci-dessous, dans l'ordre, le nom de l'entreprise, son code à la bourse de New-York, son activité, son sommet des 52 dernières semaines, son prix actuel et son ratio prix/bénéfices prévus pour la prochaine année -BPPA (en cliquant sur le nom de l'entreprise, vous allez accéder à son site):

ABB (ABB), produits d'ingénierie industrielle, $33.39-$14.01, prix/BPPA x 9.6
Alcatel-Lucent (ALU), équipements de télécommunication, $7.67-$2.15, prix/BPPA x 45
AXA (AXA), assurance, $40.27-$21.41, prix/BPPA x 7.2
CGG Veritas (CGV), équipements d'exploration, $58.48-$14.15, prix/BPPA x 5.2
Credit Suisse (CS), banque d'investissement, $60.60-$26.49, prix/BPPA x 8.3
Etablissements Delhaize (DEG), magasins d'alimentation, $89.05-$62.80, prix/BPPA x 10.6
France Telecom (FTE), services télécommunication, $38.52-$27.98, prix/BPPA x 10
Novartis (NVS), produits pharmaceutiques, $61.30-$47.80, prix/BPPA x 11.4
Sanofi-Aventis (SNY), produits pharmaceutiques, $49.04-$31.27, prix/BPPA x 8.5
Syngenta (SYT), produits agricoles, $66.78-$36.40, prix/BPPA x 10.3
Thomson (TMS), équipements audio-visuels, $14.24-$1.31, prix/BPPA x 3.3
Total (TOT), pétrolière, $91.34-$53.90, prix/BPPA x 7.8
UBS (UBS), banque d'investissement, $46.70-$13.08, prix/BPPA x 8.1
Veolia Environnement (VE), services environnementaux, $94.42-$29.35, prix/BPPA x 12.2

P.S. Pour voir toutes les entreprises européennes accessibles via les ADR, cliquez sur le lien suivant: The Bank of New York Mellon, DR Directory.
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6 commentaires:

Québec Bourse a dit…

Merci pour vos commentaires.

Vincent a dit…

Selon vous Alcatel-Lucent est-elle rentable ? Et dans quel de vos catégories d'actions, selon votre dernier mémo, la mettriez-vous ? Pour ma part, elle fait partie des actions que je possède et se trouve dans la cage à homard !

Québec Bourse a dit…

Bonjour Vincent

Pour la catégorie, c'est définitivement B: Alcatel-Lucent est deuxième après Cisco Systems chez les équipementiers des télécommunications; la pertinence (rentabilité) de l'acquisition de Lucent par Alcatel n'a pas encore été démontrée; son niveau d'endettement est relativement élevé... Est-t-elle rentable? Il faudrait une remontée de la demande de la part des entreprises de service de télécommunication avant. Je ne vois pas cette remontée cette année, puisque ces entreprises vont voir leur chiffre d'affaire diminuer avec la récession et auront tendance à reporter les projets d'investissement non urgents. Éventuellement, avec la reprise économique (2010 ?), elles devront investir pour supporter la croissance du trafic sur leurs réseaux (ex. davantage de vidéos). Des équipementiers comme Alcatel-Lucent connaîtront alors, probablement une croissance de leurs revenus et un retour à la rentabilité, mais pour combien de temps?

À $2.38 US, Alcatel-Lucent peut ainsi offrir une possibilité de gain intéressant d'ici 24 mois. Mais est-ce le type d'entreprises qu'on devrait avoir dans son portefeuille à long terme, c'est une autre question… Il a beaucoup d'investissements à faire dans ce type d'entreprises pour se maintenir à jour, l'évolution des technologies n'est pas facile à prévoir pour le simple investisseur, ce n'est pas comme analyser une chaîne de supermarchés... J'ai des actions dans Alcatel-Lucent et à ce prix je ne vends pas, je pourrais même être tenté d'en ajouter un peu, si le titre redescend éventuellement vers les $2. Ce n'est que ma modeste opinion Vincent, je ne suis qu'un simple investisseur comme vous, pas un expert... Bonne chance avec votre placement.

Denis

Vincent a dit…

Bonjour !

Je suis tout à fait d'accord avec vous, et ma stratégie est également de racheter vers ou sous les deux dollars. Toutefois, le scénario Nortel me fait un peu peur .... ; quoique la faillite imminente de Nortel devrait favoriser Alcatel-Lucent.

Vous avez établi le ratio coût/ bénéfice d'ALU à 45X. Sur quelle base ? Les chiffres sont tellement diférents d'un site à l'autre ...

Mais je crois qu'elle est plus solide car ses dirigeants semblent plus honnêtes et les nouveaux semblent avoir faits leurs preuves. Enfin, on verra.

Vincent a dit…

Que pensez-vous des derniers résultats ? Il y a malgré tout quelques points positifs ...

Québec Bourse a dit…

Bonjour Vincent

C'est vrai que si on enlève les "writedown", Alcatel-Lucent aurait fait un petit profit au dernier trimestre... Mais c'est peut-être ça la difficulté avec cette industrie, beaucoup d'actifs peuvent devenir désuets et surévalués et amener des "writedown" à répétition. L'entreprise semble tout de même avoir atteint ses objectifs de réduction de coûts... Je ne vois pas d'où viendra le momentum pour relever le titre au cours des mois à venir. Je vais regarder le titre aller, je m'étais dit que j'allais ajouter des actions vers les $2, il est maintenant à $1.76, jusqu'où peut-il descendre. Je le garde à l’œil...