mardi 20 mai 2008

Les charognards et la troisième bulle

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Les spéculateurs sont la plaie de notre époque. Les spéculateurs n'ont qu'un objectif: faire de l'argent sur le dos et le travail des autres, sans se soucier le moindrement des conséquences. En autant que ça rapporte, c'est tout ce qui compte.

Ils ont d'abord créé la bulle technologique qui a mené le marché boursier vers un état d'irrationnelle exubérance au tournant du millénaire. Délire collectif qui a cumulé sur un brutal retour à la réalité pour des milliers de petits investisseurs complètement enivrés par le rêve de faire de l'argent. Nos charognards de spéculateurs, au moment de l'éclatement de la bulle technologique, la première bulle, ont été les premiers à quitter le navire qu'ils avaient dirigé tout droit vers un iceberg boursier. Spirale spéculative qui allait conduire des milliers d'individus à perdre une bonne partie de leurs économies et, dans certains cas, de leur fond de pension.

Le marché boursier en déroute, les spéculateurs ont dirigé leur argent vers le marché immobilier, utilisant des outils comme les PCAA, ces amalgames de prêts de type "subprime", pour siphonner le maximum de rendement. Peu importe s'il fallait entraîner dans la tourmente 2,2 millions d'américains à qui on a fait croire qu'ils pouvaient s'acheter une propriété malgré leurs modestes revenus et que la valeur de celle-ci ne cesserait d'augmenter. Puis vint, en 2007, l'éclatement de la seconde bulle, la bulle immobilière, avec les conséquences désastreuses que l'on connaît.

Nous vivons maintenant la troisième bulle, la bulle pétrolière. Les spéculateurs ont fait monter le prix du baril de pétrole de façon démesurée, ce qui va accélérer davantage le ralentissement économique en Amérique du Nord et en Europe et, probablement, nous mener à une récession et à des milliers de pertes d'emplois. Ce n'est pas la croissance du PIB mondial, même stimulée par les économies émergentes, qui justifie que le coût du baril de pétrole ait plus que doublé depuis douze mois. C'est de toute évidence l'effet d'entraînement du jeu des spéculateurs qui, en misant sur sa hausse de semaine en semaine, créent la spirale ascendante qui propulse le prix du baril vers le haut.

Les spéculateurs, en créant une récession que l'on aurait pu éviter (grâce à la performance des économies émergentes), vont aussi causer la chute éventuelle du cours du pétrole: lorsque l’économie ralentie, la consommation de pétrole diminue et son cours également. Les rats sont toujours les premiers à quitter le navire avant qu'il ne coule: quand les spéculateurs vont réaliser que la hausse du baril de pétrole est en train de se retourner contre eux et que le cours s'apprête à changer de direction, ça va être “tout le monde vers la sortie”. Le coût du baril de pétrole devrait redescendre alors rapidement sous les $100, peut-être sous les $80, mais il sera trop tard, les charognards auront laissé derrière eux une économie en récession.

Entre-temps, si le sujet du cours du pétrole et de ses impacts vous intéresse, j'ai trouvé sur internet un rapport du sénat français qui m'apparaît fort intéressant (lien en fin d'article). Je vais essayer de trouver le temps de le parcourir au cours des prochains jours, car comprendre ce sujet me semble essentiel pour prévoir l'évolution des économies, des secteurs et des marchés boursiers.

3 commentaires:

Québec Bourse a dit…

Merci pour vos commentaires.

Anonyme a dit…

Il est courant d'entendre «les spéculateurs font ceci», «c'est la faute aux spéculateurs». Mais quand vient le temps de préciser qui sont ces gens, les réponses se font rares. Si ce groupe de spéculateurs existe vraiment et peut manipuler, anticiper l'économie à sa guise, c'est donc qu'ils se consultent activement, sont organisés et agissent de manière concertée. Croyez-vous vraiment qu'un tel groupe existe en marge des autres investisseurs «victimes et innocents» ? Si oui, chacun se joint au groupe et tous deviennent spéculateurs, égaux. Ce qui singnifie que chaque investisseur est un spéculateur en lui-même et que l'individualisme prime !

Québec Bourse a dit…

Oui, les spéculateurs existent. Ils agissent soit directement (ex. vendeurs à découvert), soit, pour les plus fortunés, par l'intermédiaire de fonds de couverture (hedge funds) et autres fonds spécialisés qui interviennent pour eux sur le marché des actions ou des ressources naturelles (ex. pétrole).

Il y a une énorme différence entre un investisseur (ce que je suis) et un spéculateur. Lorsque j'investie dans une entreprise, je devient propriétaire d'une partie de cette entreprise à laquelle je crois. Je fournie des capitaux à une entreprise pour qu'elle se développe, produise des bien ou rendre des services, qu'elle contribue à l'enrichissement collectif et éventuellement, pourquoi pas, au mien qui y a investi et risqué mes économies.

Le « short seller » qui se spécialise dans la vente à découvert, bien souvent, ne connaît à peu près rien de l'entreprise (sinon qu’elle connaît des difficultés) dont il « loue » temporairement les actions pour les revendre aussitôt. Il spécule que l’action va continuer à descendre et il contribue en fait à ce mouvement descendant. Il spécule sur les déboires de l’entreprise et est convaincu qu’il fera son argent en rachetant à plus bas prix le titre délesté, avant que l’action ne remonte. C’est ça de la spéculation et ça crée une instabilité de plus en plus importante dans les marchés. Le « day trader » se fout carrément du développement de l’entreprise, ce qui l'intéresse c'est le mouvement de son cours boursier sur lequel il spécule, il peut aussi bien revendre ses actions une demi-heure plus tard, en autant qu'il a empoché un profit.

Lorsqu'un hedge fund achète des livraisons futures de pétrole sur le NYMEX, il se contrefout également de contribuer au développement économique, tout comme il n’a aucun remord à stimuler une spirale inflationniste, au contraire. Ce qui compte pour lui, c'est d’anticiper que le cours va continuer à monter et de retirer ses billes avant le ressac, après avoir fait un bon profit, peu importe les dommages collatéraux. C'est ça de la spéculation et ce sont ces grands joueurs, ou ces millions de « day traders » individuels ou institutionnels, qui influencent de plus en plus les marchés pour le transformer davantage en casinos irresponsables, qu'en lieux qui favorisent la rencontre des capitaux et des entrepreneurs pour le bénéfice de l'économie et de la société.

Denis

Québec Bourse